vendredi 30 septembre 2016

Pour Piet Franzen Sidac



le mythe ouvre la porte
aux levés souriants
omoplates vides
souvenirs d’architecture
une ville aux débouchés
trimballant
aux invraisemblables idées
face au solide

Là on jonche
des jambes gisantes et grises
autour d’un gout de cathédrale
on ferme les yeux
en remuant la terre


Cosme de Granville, 2001

Pour Giovanni et Renata StraDA DA



Puisqu'il n'est point de mots qui puissent contenir,
Ce soir, mon âme triste en vouloir de se taire,
Qu'un archet pur s'élève et chante, solitaire,
Pour mon rêve jaloux de ne se définir.

Ô coupe de cristal pleine de souvenir ;
Musique, c'est ton eau seule qui désaltère ;
Et l'âme va d'instinct se fondre en ton mystère,
Comme la lèvre vient à la lèvre s'unir.

Sanglot d'or !... Oh ! voici le divin sortilège !
Un vent d'aile a couru sur la chair qui s'allège ;
Des mains d'anges sur nous promènent leur douceur.

Harmonie, et c'est toi, la Vierge secourable,
Qui, comme un pauvre enfant, berces contre ton cœur
Notre cœur infini, notre cœur misérable.

Albert Samain     Sonnet

Pour Fred




Jamais coupe d'opale, où boivent les abeilles,
Jamais perle d'azur, étoilant nos corbeilles,
Ou vivant de notre air dans l'air vivant des blés,
N'ont agi plus longtemps sur mes songes troublés,
Que ce fantôme noir d'une plante momie,
Dans son champ souterrain six mille ans endormie.
Les jeunes sœurs d'hier, opulentes ou non,
Ont toutes des couleurs, qui nous disent leur nom,
Qui content à nos sens les secrets de leur vie ;
Mais cette fleur de pierre, aux cavernes ravie,
Que semble, en l'éclairant, renier le soleil,
Quelle énigme sans fond renferme son sommeil !
Obscur comme la tombe, et plus impénétrable,
Sphinx jadis éphémère, aujourd'hui si durable,
Voyageur engourdi, qui reviens de si loin,
Que sais-tu de la terre ? Avait-elle un témoin,
Quand, la couronne au front, de ta couche élancée,
La lumière sauva ta royauté passée ?
Né comme toi des pleurs ou des baisers du jour,
Le vol des papillons t'a-t-il parlé d'amour
Oasis de parfums, dans les déserts flottante,
À quel sylphe nomade as-tu servi de tente ?
Quelle ombre a rafraîchi ton germe ? quel oiseau
Vint, pour te saluer, chanter sur ton berceau ?
Avant d'y promener sa force vagabonde,
L'homme avait-il déjà des vassaux dans ce monde ;
Ou, du globe encor vide astre silencieux,
N'as-tu de ta splendeur étonné que les cieux ?

Quand j'interroge ainsi ton spectre avec mon rêve,
Je ne sais quel brouillard de ta cendre s'élève,
Où, comme des vaisseaux, glissent, appareillés,
Des jours évanouis les trésors réveillés.
Des monstres primitifs la race qui s'exhume
Repeuple devant moi cet océan de brume,
Et l'air ressuscité s'encombre de dragons,
Dont le vol fait crier le monde sur ses gonds.
Autour de ton néant je vois, comme un mirage,
Des continents proscrits bouillonner le naufrage,
Et des mers d'autrefois ranimant les complots
Je te vois, dans ta fosse installé par les flots,
Des siècles décédés confident oculaire,
Nous garder, de leur fin, ta mort pour exemplaire.

Écho pétrifié des temps qui sont perdus,
Tes oracles muets, dans mon âme entendus,
Refont tout le passé dépouille par dépouille.
Fleur antique, salut ! chrysalide de houille,
D'où s'envole, à mes yeux, un vivant univers.
Pour qui l'y veut chercher, quelle moisson de vers
Rayonne sous la nuit de tes mornes pétales,
Genèse où le déluge a scellé ses annales,
Et qu'à livre fermé comprennent nos esprits !
Poème plus confus que ces vieux manuscrits,
Que rangeait Pompeïa dans ses cases de poudre,
Et qui dorment sans voix calcinés par la foudre,
Ton silence éloquent me parle plus haut qu'eux.
Tout ce qu'on peut glaner sous leurs plis ténébreux,
Fût-ce un soupir perdu de la Grèce ou de Rome,
C'est quelque mot terrestre, imparfait comme l'homme,
Dont le sens préféré n'est pas toujours le bon :
Toi, l'on n'épelle pas tes feuilles de charbon
Sans en voir aussitôt, comme une ombre empressée,
Sortir un mot de Dieu, traduit par la pensée.

Jules Lefèvre Deumier    La fleur fossile

jeudi 29 septembre 2016

Pour Antonia Mayol Castello



En ce monde
Où la vie
Se disloque
Ou s'assemble
Sans répit
Le poète enlace le mystère
Invente le poème
Ses pouvoirs de partage
Sa lueur sous les replis
Je cherche le lieu fidèle, la trame,
Le secret des secrets à senteur d'océan,
Le latin insensé où les ruisseaux foisonnent
La lueur rebelle et la fleur du temps...

Andrée Chedid

Pour Diane Bertrand


La belle enfance a dans sa poche
La transparence des couleurs.
Une sphère de sept bonheurs
Pris dans le cristal de la roche.
La belle enfance porte aussi
Parmi son trésor innombrable
Le crayon dur, la craie friable,
Outils secrets des graffiti.
La belle enfance tient l'épure
Qui sur la piste du départ
Lance la tête du têtard
Embarrassée de son enflure.
La belle enfance a dans sa main
L'humanité qui se dessine
Et toute simple s'achemine
Vers les lignes de son destin.

Pierre Menanteau    Graffiti

mercredi 28 septembre 2016

Pour Isabelle Paillard


L’enfant n’a pas de frontière
Il s’envole vers l’imaginaire
À l’histoire qu’on lui lit
Un conte des milles et une nuit


Il deviendra un pirate
Une princesse ou un acrobate
Car ce qu’on lui lit
Lui, il le vit


Le temps d’un conte
Il est dans son monde
Un univers magique
Cette enfant, ce héro unique


La lecture sert l’imagination
Et développe la création
Laissons nos enfants s’envoler
Vers un monde enchanté

Gemma Anglehart     La Lecture

Pour Steve


« ...Certes, il est plus raisonnable de sacrifier sa vie aux femmes qu'aux timbres-poste, aux vieilles tabatières, même aux tableaux et aux statues. Seulement, l'exemple des autres collections devrait nous avertir de changer, de n'avoir pas une seule femme, mais beaucoup.
... »
Marcel Proust      Le Côté de Guermantes

mardi 27 septembre 2016

Pour Lilian Pacheco


Visages sculptés
brodés les uns après les autres
là en haut sous les toits
à côté des chambres de bonnes
Chaque profil est différent
égal dans son essence
inébranlable dans son destin
Nos regards rêveurs se démultiplient
quérissant en vain la similitude
marque ancestrale cachée dans les cellules
Nous cherchons cette statue
qui nous ressemble
ce sourire identique au même destin
se reflétant dans la brume des souvenirs
tel ce palais en pierre
dans le miroir d’eau piétinée
par la pureté de nos enfants
Nous traversons à nouveau le pont
au ralenti
la pluie fouettant nos visages
nous noie dans la tautologie de la réalité

Sybille Rembard, 2011

Pour Manuel Ruiz Ruiz


" Verde que te quiero verde.
Verde viento. Verdes ramas.
El barco sobre la mar
y el caballo en la montaña.
Con la sombra en la cintura
ella sueña en su baranda,
verde carne, pelo verde,
con ojos de fría plata.
Verde que te quiero verde.
Bajo la luna gitana,
las cosas le están mirando
y ella no puede mirarlas.   
..."
Frederico Garcia Lorca         Romance sonambulo    

lundi 26 septembre 2016

Pour Vent des mots


Pour " Vent des mots" et l'appel " arbre":

Le bonheur est dans les cimes ....



Des branches. Des feuilles.
Des pétioles. Des folioles.
Un monde ramifié qui bouge, bruit et bondit.
Un royaume de verdures, de vertiges et de vents.
Un labyrinthe de souffles et de murmures.
Un arbre en somme.

Jacques Lacarrière

Pour Elena Signori


Un bouquet de muguet,
Deux bouquets de muguet,
Au guet ! Au guet !
Mes amis, il m’en souviendrait,
Chaque printemps au premier mai.
Trois bouquets de muguet,
Gai ! gai !
Au premier mai,
Franc bouquet de muguet.

Robert Desnos

samedi 24 septembre 2016

Reçu de Pascale





Petit poisson qui tourne en rond
Petit poisson dis moi ton nom
Petit poisson tout rouge
Petit poisson qui bouge
Petit poisson sans nom.

J'aime bien être surpris, je suis servi ... voici le dernier envoi de Pascale,  un " magnet ", pour l'exposer, il me suffira de trouver une surface métallique.
 La poésie sur la porte du frigo....

Reçu de Frederique Hemery,


Une histoire sans paroles de Fred, j'aime beaucoup l'idée que la poésie mène à l'âme, probablement que quelquefois, c'est aussi le plus COURT chemin ....

merci Fred ....
 

vendredi 23 septembre 2016

Pour Frederique Hemery,


"Je t'offre ces fleurs de tes îles bien-aimées
]Sous nos ciels en pleurs,
Reconnais-tu leurs couleurs
Et leurs âmes parfumées"

Pour cueillir la branche dont l'eau berce la couleur
Sur l'eau je me penche
Hélas j'ai trempé ma manche
Et je n'ai pas pris de fleur

Sur l'eau de l'étang l'herbe à la plante enlacée
Vert tapis s'étend
Aucun regard ne descend
Jusqu'au fond de ma pensée

Les brumes complices cachent les fleurs du prunier
Ô vent printanier
Va dérober au calice
L'odeur qui fait mes délices

Les brumes complices cachent les fleurs du prunier
Ô vent printanier
Va dérober au calice
L'odeur qui fait mes délices


Les poèmes de la libellule - traduit par Judith GAUTIER

Reçu de Daniel de Culla







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Thanks Daniel

La page de D. de Culla sur PoèmHunter , c'est ici

jeudi 22 septembre 2016

Pour Ursu


Hier au bazar, j'ai vu un potier
Qui foulait l'argile sous ses pieds.
Et celle-ci lui disait dans son langage :
" J'ai été comme toi. Ménage-moi.
 
 Omar Khayam,       Poète Persan

Pour Nanou Pradel





Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d’étranges fleurs sur les étagères,
Écloses pour nous sous des ciels plus beaux. 
Usant à l’envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux. 
Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d’adieux ; 
Et plus tard un Ange, entr’ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes. 
Baudelaire

mercredi 21 septembre 2016

Pour Roland Lefèbvre



C'est à nous! Tant d'impatience,
Tant de poings rongés en silence
Ont enfin fait venir ce jour.
Nos rêves d'enfants se dissipent.
Nous avons acheté des pipes
Et brûlé nos lettres d'amour.
C'est notre tour. Nous allons être
Plus grands encor que les vieux maîtres,
Ces hussards et ces grenadiers
Que nous avons vus à l'école
Balayer de leurs charges folles
Nos couvertures de cahier.
Sans doute, au milieu des batailles,
Nos vingt ans n'auront pas leur taille
Nos uniformes n'ont point d'or
Mais moins d'allure et de panache
Ne fait pas, même sans moustache,
Qu'on ne soit des poilus encor.

Nous ne nous payons pas de mots.
Nous ne serons pas des héros
Pour qu'on le sache, ni sublimes
Pour qu'on le dise. On est Français:
On a sa vie, on l'offre, et c'est
L'humble obole d'un anonyme.
Penser à soi, se hausser?... Non.
France, Allemagne: ces deux noms
Nous ont fait oublier le nôtre.
Nous avons simplement choisi,
Comme destin, d'être un fusil
Au milieu de trois millions d'autres.»
Il fut de tels vaincus, jadis,
Dans les luttes d'un contre dix,
Que leur gloire reste immortelle.
Mais nous estimons qu'à présent,
Ne serait-on qu'un contre cent,
La défaite n'est jamais belle.


Nous voulons être les plus forts.
Nous méprisons bien trop la mort
Pour lui faire des politesses.
Froids et lucides avec soin.
Plus prudents pour aller plus loin,
Nous materons notre jeunesse…
***
Et vous, mères, que nous, laissons,
Montrez devant vos grands garçons
Des yeux secs et des cœurs farouches.
Il vous reste encore un devoir: Honorez-nous d'un «au revoir» .
Qui ne tremble pas sur vos bouches.
Adieu. Ne tendez pas les bras.
Nous ne nous retournerons pas.
C'est en avant qu'on nous appelle.
Nous avons hâte de savoir.
Dans du silence et dans du noir,
A quoi rêvent les sentinelles.
Et puisque nos capotes ont
Le bleu léger des horizons,
Si jamais du sang les colore,
Ne pleurez pas: nous sommes sûrs
Que ce sang clair sur cet azur
Aura les rougeurs d'une aurore.


  Paul Géraldy

Pour Simon Warren


Pour un fichu poème
dans le genre absurde
  d’un blanc laiteux
et qui hait la psychanalyse
 
Pour un Pollock
aimant Le Greco et Goya

Pour un corrida sans toro
et un gendarme sans chapeau
  
Pour un poème dripping
où coulent les mots
sur la page à plat 
– plat de poissons de Ponge
et vinho verde de Pessoa –
 
Il ne faut pas en faire
        tout un plat

Jean Jacques Dorio

mardi 20 septembre 2016

Reçu de Marcelle Simon



Maintenant que mon temps décroît comme un flambeau,
Que mes tâches sont terminées ;
Maintenant que voici que je touche au tombeau
Par les deuils et par les années,

Et qu'au fond de ce ciel que mon essor rêva,
Je vois fuir, vers l'ombre entraînées,
Comme le tourbillon du passé qui s'en va,
Tant de belles heures sonnées ;

Maintenant que je dis : - Un jour, nous triomphons ;
Le lendemain, tout est mensonge ! -
Je suis triste, et je marche au bord des flots profonds,
Courbé comme celui qui songe.

Je regarde, au-dessus du mont et du vallon,
Et des mers sans fin remuées,
S'envoler sous le bec du vautour aquilon,
Toute la toison des nuées ;

J'entends le vent dans l'air, la mer sur le récif,
L'homme liant la gerbe mûre ;
J'écoute, et je confronte en mon esprit pensif
Ce qui parle à ce qui murmure ;

Et je reste parfois couché sans me lever
Sur l'herbe rare de la dune,
Jusqu'à l'heure où l'on voit apparaître et rêver
Les yeux sinistres de la lune.

Elle monte, elle jette un long rayon dormant
A l'espace, au mystère, au gouffre ;
Et nous nous regardons tous les deux fixement,
Elle qui brille et moi qui souffre.

Où donc s'en sont allés mes jours évanouis ?
Est-il quelqu'un qui me connaisse ?
Ai-je encor quelque chose en mes yeux éblouis,
De la clarté de ma jeunesse ?

Tout s'est-il envolé ? Je suis seul, je suis las ;
J'appelle sans qu'on me réponde ;
Ô vents ! ô flots ! ne suis-je aussi qu'un souffle, hélas !
Hélas ! ne suis-je aussi qu'une onde ?

Ne verrai-je plus rien de tout ce que j'aimais ?
Au-dedans de moi le soir tombe.
Ô terre, dont la brume efface les sommets,
Suis-je le spectre, et toi la tombe ?

Ai-je donc vidé tout, vie, amour, joie, espoir ?
J'attends, je demande, j'implore ;
Je penche tour à tour mes urnes pour avoir
De chacune une goutte encore !

Comme le souvenir est voisin du remord !
Comme à pleurer tout nous ramène !
Et que je te sens froide en te touchant, ô mort,
Noir verrou de la porte humaine !

Et je pense, écoutant gémir le vent amer,
Et l'onde aux plis infranchissables ;
L'été rit, et l'on voit sur le bord de la mer
Fleurir le chardon bleu des sables.

Victor Hugo    Paroles sur la dune

Superbe, merci Miss Yves


Marcelle à plusieurs blogs, en allant sur 


 vous aurez accès à tout ....


Reçu de Corinne Parchantour


Pierres sur papiers
le déchiffreur prépare
tout un alphabet

Corinne Parchantour    Poème fondu

Un Haïku de Corinne, composé à partir de " A la lettre " de Michel Butor ....
Un MA sur carton, d'une belle mise en forme et unité de tons
Mon tout : un superbe résultat ... Merci Corinne

Pour infos, voici le poème de M. Butor :
Une seule et la main de l'écrivain commence à s'agiter
le lecteur s'impatiente il attend son mot et sa phrase
et que tout cela fasse discours et volume
une seule et l'imprimeur réclame tout un alphabet
le dessinateur en prépare un autre et un autre encore
pour toutes les variétés de la littérature
et le déchiffreur part à la conquête d'autres écritures
hiéroglyphes idéogrammes inscriptions sur toutes surfaces
papiers et pierres fils disques et rouleaux chromosomes et tatouages
et voici le principe du poème fondu :
Le poème fondu consiste à tirer, d’un poème donné, un autre poème plus court, par exemple un haïku. On ne doit pas employer dans le haïku d’autres mots que ceux qui sont dans le poème, et on ne doit pas les employer plus souvent qu’ils ne le sont dans le poème.
Tout est respecté ( et superbe).

Corinne à plusieurs appels et galeries en cours,  voici un lien :

Traits point, graphique

Reçu de Roland Karcher


L'image :C'est la forme sensible d'un objet, la représentation, la chose présente à la conscience. Autant dire qu'il y a des images visuelles, auditives ...

De la poésie visuelle, un retour aux origines de l'écriture, une ébauche manuelle, une finition à l'ordinateur pour ces figures : méduse, canard boiteux, dieu, botte, mains barbu, et tout ce que vous voudrez y voir vous, avec votre imaginaire ...
Merci Roland ...

Plus d'infos sur Roland sur son blog :

Art Postal: Écriture & images


lundi 19 septembre 2016

Reçu de Maho


J'épluche une poire
du tranchant de la lame
le goutte à goutte sucré

Masaoka Shiki

Une pure merveille de Maho; tout y est; la mise en page et la précision du motif, l'aquarelle entre ombres et lumières pour un bel équilibre, une calligraphie sans failles, le sceau, toute l'opposition du sucre et de la lame de ce magnifique haïku de Shiki est mise en valeur ...
Merci Maho
 
Maho à deux appels en cours : 



LES INSECTES   "BY NIGHT"





LA SCIENCE FICTION , tout ce que ce sujet vous inspire: les extraterrestres, l'étrange, les super héros, les films ETC. 



Reçu de Maryse Moussaron


C'était, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.


Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d'un fil,
Dans l'ombre,
Ta face et ton profil ?

Es-tu l'oeil du ciel borgne ?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard ?

N'es-tu rien qu'une boule,
Qu'un grand faucheux bien gras
Qui roule
Sans pattes et sans bras ?

Es-tu, je t'en soupçonne,
Le vieux cadran de fer
Qui sonne
L'heure aux damnés d'enfer ?

Sur ton front qui voyage.
Ce soir ont-ils compté
Quel âge
A leur éternité ?

Est-ce un ver qui te ronge
Quand ton disque noirci
S'allonge
En croissant rétréci ?

Qui t'avait éborgnée,
L'autre nuit ? T'étais-tu
Cognée
A quelque arbre pointu ?

Car tu vins, pâle et morne
Coller sur mes carreaux
Ta corne
À travers les barreaux.

Va, lune moribonde,
Le beau corps de Phébé
La blonde
Dans la mer est tombé.

Tu n'en es que la face
Et déjà, tout ridé,
S'efface
Ton front dépossédé.

Rends-nous la chasseresse,
Blanche, au sein virginal,
Qui presse
Quelque cerf matinal !

Oh ! sous le vert platane
Sous les frais coudriers,
Diane,
Et ses grands lévriers !

Le chevreau noir qui doute,
Pendu sur un rocher,
L'écoute,
L'écoute s'approcher.

Et, suivant leurs curées,
Par les vaux, par les blés,
Les prées,
Ses chiens s'en sont allés.

Oh ! le soir, dans la brise,
Phoebé, soeur d'Apollo,
Surprise
A l'ombre, un pied dans l'eau !

Phoebé qui, la nuit close,
Aux lèvres d'un berger
Se pose,
Comme un oiseau léger.

Lune, en notre mémoire,
De tes belles amours
L'histoire
T'embellira toujours.

Et toujours rajeunie,
Tu seras du passant
Bénie,
Pleine lune ou croissant.

T'aimera le vieux pâtre,
Seul, tandis qu'à ton front
D'albâtre
Ses dogues aboieront.

T'aimera le pilote
Dans son grand bâtiment,
Qui flotte,
Sous le clair firmament !

Et la fillette preste
Qui passe le buisson,
Pied leste,
En chantant sa chanson.

Comme un ours à la chaîne,
Toujours sous tes yeux bleus
Se traîne
L'océan montueux.

Et qu'il vente ou qu'il neige
Moi-même, chaque soir,
Que fais-je,
Venant ici m'asseoir ?

Je viens voir à la brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Peut-être quand déchante
Quelque pauvre mari,
Méchante,
De loin tu lui souris.

Dans sa douleur amère,
Quand au gendre béni
La mère
Livre la clef du nid,

Le pied dans sa pantoufle,
Voilà l'époux tout prêt
Qui souffle
Le bougeoir indiscret.

Au pudique hyménée
La vierge qui se croit
Menée,
Grelotte en son lit froid,

Mais monsieur tout en flamme
Commence à rudoyer
Madame,
Qui commence à crier.

" Ouf ! dit-il, je travaille,
Ma bonne, et ne fais rien
Qui vaille;
Tu ne te tiens pas bien. "

Et vite il se dépêche.
Mais quel démon caché
L'empêche
De commettre un péché ?

" Ah ! dit-il, prenons garde.
Quel témoin curieux
Regarde
Avec ces deux grands yeux ? "

Et c'est, dans la nuit brune,
Sur son clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Alfred de Musset    Ballade à la lune

Tout est parti d'une tache, la lune, comme un point sur un i, sur le clocher .... j'adore !
Là aussi, une calligraphie originale, dansante, avec le " violette " en miroir, et la réactivation de ce poème où Musset s'amuse à valoriser/dévaloriser l'astre, du grand Tara !
Merci Maryse ...

  Pour voir ce que Maryse reçoit et ses appels, c'est

Reçu de Pascale Championnet



C’est un petit mot
Tout propre et tout beau
Qui ne veut ni école
Ni sac sur le dos.
Il préfère les flaques d’eau
Et les feuilles qui volent,
Il préfère les étoiles
Et les bateaux à voiles...
Pourtant les enfants l’aiment
Le petit Poème,
Alors, tout propre et tout beau,
Son sac sur le dos,
Il court sur les cahiers
Des petits écoliers
Christine FAYOLLE


Reçu de Pascale pour la rentrée, des " petits poissons bien rangés " ...
Merci pour ces jolis pliages Pascale ...

samedi 17 septembre 2016

Reçu de Thérèse Waryn

cliquer sur l'image pour agrandir

Deux marque-pages avec citations poétiques de Thérèse ...

Merci Thérèse alias Mizou

Le blog de thérèse, " Chez Mizou", est accessible dans la blog roll également


Ses appels

*vaches rigolotes *

* mains *

* enseignes en fer forgé *


*ou tout autre à votre choix *

Reçu de Tiziana Baracchi




Visual Poetry,  grazie mille Tiziana

Reçu de Emmanuelle Villebrun





Un poème de Jacques Bussy, Merci Emmanuelle pour ce joli mail art ...

vendredi 16 septembre 2016

Reçu de Gisèle Cribaillet


Une plume,
De l’encre,
Du papier.

Mais si c’est encore trop demander,
Alors :

Rien que du sable
Et un doigt
De poésie
Pour le rêve.


Bernard Lorraine  Mon capital de rêves

 Merci Gisèle pour ce MA poétique ....

Reçu de Simon Warren



Ciquez sur l'image pour agrandir

Thanks Simon

jeudi 15 septembre 2016

Reçu de Piet Franzen Sidac




Thanks Piet


Plus d'infos sur : Sidac Studio

Reçu de Adriane Leal


Ce MA n'est pas signé, mais il ressemble si fort à Adriane que je lui attribue ....

12 septembre 1939

Ma nuit est comme un grand cœur qui bat.
Il est trois heures trente du matin.
Ma nuit est sans lune.
Ma nuit a de grands yeux qui regardent fixement une lumière grise filtrer par les fenêtres.
Ma nuit pleure et l’oreiller devient humide et froid.
Ma nuit est longue et longue et longue et semble toujours s’étirer vers une fin incertaine.
Ma nuit me précipite dans ton absence.
Je te cherche, je cherche ton corps immense à côté de moi, ton souffle, ton odeur.
Ma nuit me répond : vide ; ma nuit me donne froid et solitude.
Je cherche un point de contact : ta peau. Où es-tu ? Où es-tu ?
Je me tourne dans tous les sens, l’oreiller humide, ma joue s’y colle, mes cheveux mouillés contre mes tempes.
Ce n’est pas possible que tu ne sois pas là.
Ma tête erre, mes pensées vont, viennent et s’écrasent, mon corps ne peut pas comprendre.
Mon corps te voudrait.
Mon corps, cet aléa mutilé, voudrait un moment s’oublier dans ta chaleur, mon corps appelle quelques heures de sérénité.
Ma nuit est un cœur en serpillière.
Ma nuit sait que j’aimerais te regarder, chaque courbe de ton corps, reconnaître ton visage et le caresser.
Ma nuit m’étouffe du manque de toi.
Ma nuit palpite d’amour, celui que j’essaie d’endiguer mais qui palpite dans la pénombre, dans chacune de mes fibres.
Ma nuit voudrait bien t’appeler mais elle n’a pas de voix.
Elle voudrait t’appeler pourtant et te trouver et se serrer contre toi un moment et oublier ce temps qui massacre.
Mon corps ne peut pas comprendre.
Il a autant besoin de toi que moi, peut-être qu’après tout lui et moi ne formons qu’un.
Mon corps a besoin de toi, souvent tu m’as presque guérie.
Ma nuit se creuse jusqu’à ne plus sentir la chair et le sentiment devient plus fort, plus aigu, dénué de la substance matérielle.
Ma nuit me brûle d’amour.
Il est quatre heures du matin.
Ma nuit m’épuise.
Elle sait bien que tu me manques et toute son obscurité ne suffit pas pour cacher cette évidence.
Cette évidence brille comme une lame dans le noir.
Ma nuit voudrait avoir des ailes qui voleraient jusqu’à toi, t’envelopperaient dans ton sommeil et te ramèneraient à moi.
Dans ton sommeil, tu me sentirais près de toi et tes bras m’enlaceraient sans que tu te réveilles.
Ma nuit ne porte pas conseil.
Ma nuit pense à toi, rêve éveillé.
Ma nuit s’attriste et s’égare.
Ma nuit accentue ma solitude, toutes mes solitudes.
Son silence n’entend que mes voix intérieures.
Ma nuit est longue et longue et longue.
Ma nuit aurait peur que le jour n’apparaisse jamais plus mais à la fois ma nuit craint son apparition, parce que le jour est un jour artificiel où chaque heure compte double et sans toi n’est plus vraiment vécue.
Ma nuit se demande si mon jour ne ressemble pas à ma nuit. Ce qui expliquerait pourquoi je redoute le jour aussi.
Ma nuit a envie de m’habiller et de me pousser dehors pour aller cherche mon homme.
Mais ma nuit sait que ce que l’on nomme folie, de tout ordre, sème-désordre, est interdit.
Ma nuit se demande ce qui n’est pas interdit.
Il n’est pas interdit de faire corps avec elle, ça, elle le sait. Mais elle s’offusque de voir une chair faire corps avec elle au fil de la désespérance. Une chair n’est pas faite pour épouser le néant.
Ma nuit t’aime de toute sa profondeur, et de ma profondeur elle résonne aussi.
Ma nuit se nourrit d’échos imaginaires. Elle, elle le peut. Moi. j’échoue.
Ma nuit m’observe. Son regard est lisse et se coule dans chaque chose.
Ma nuit voudrait que tu sois là pour se couler en toi aussi avec tendresse.
Ma nuit t’espère. Mon corps t’attend.
Ma nuit voudrait que tu reposes au creux de mon épaule et que je me repose au creux de la tienne.
Ma nuit voudrait être voyeur de ta jouissance et de la mienne, te voir et me voir trembler de plaisir.
Ma nuit voudrait voir nos regards et avoir nos regards chargés de désir.
Ma nuit voudrait tenir entre ses mains chaque spasme.
Ma nuit se ferait douce.
Ma nuit gémit en silence sa solitude au souvenir de toi.
Ma nuit est linge et longue et longue.
Elle perd la tête mais ne peut éloigner ton image de moi, ne peut engloutir mon désir.
Elle se meurt de ne pas te savoir là et me tue.
Ma nuit te cherche sans cesse.
Mon corps ne parvient pas à concevoir que quelques rues ou une quelconque géographie nous séparent.
Mon corps devient flou de douleur de ne pouvoir reconnaître au milieu de ma nuit ta silhouette ou ton ombre.
Mon corps voudrait t’embrasser dans ton sommeil.
Mon corps voudrait en pleine nuit dormir et dans ces ténèbres être réveillé parce que tu l’embrasserais.
Ma nuit ne connaît pas de rêve pus beau que celui-là.
Ma nuit hurle et déchire ses voiles, ma nuit se cogne à son propre silence, mais ton corps reste introuvable. Tu me manques tant. Et tes mots. Et ta couleur.
Le jour va bientôt se lever.
Lettre de Frida Kahlo à Diego Rivera
Merci Adriane  
 La galerie d'Adriane " Le vol " visibles ici :
Le vol

mercredi 14 septembre 2016

Reçu de Manuel Xio Blanco



Letras caidas
palabras licuadas
chuzos de punta

Haïku   Manuel Xio Blanco


Thanks Manuel for this poetry

Pour Mzia Valerian


L'espoir luit comme un brin de paille dans l'étable.
Que crains-tu de la guêpe ivre de son vol fou ?
Vois, le soleil toujours poudroie à quelque trou.
Que ne t'endormais-tu, le coude sur la table ?

Pauvre âme pâle, au moins cette eau du puits glacé,
Bois-la. Puis dors après. Allons, tu vois, je reste,
Et je dorloterai les rêves de ta sieste,
Et tu chantonneras comme un enfant bercé.

Midi sonne. De grâce, éloignez-vous, madame.
Il dort. C'est étonnant comme les pas de femme
Résonnent au cerveau des pauvres malheureux.

Midi sonne. J'ai fait arroser dans la chambre.
Va, dors ! L'espoir luit comme un caillou dans un creux.
Ah ! quand refleuriront les roses de septembre !

Paul Verlaine

Pour Miche Van Den Broeck


Le cœur libre 
les vagues furieuses
s'approchent, se retirent

Santoka

Pour Miss Yves



Tap, tap, tap, sa canne
il va traverser la rue
voit-il l'invisible

Michel Cribier

mardi 13 septembre 2016

Pour France Picy


Après mille ans et plus de guerre déclarée,
Les Loups firent la paix avec les Brebis.
C'était apparemment le bien des deux partis ;
Car si les Loups mangeaient mainte bête égarée,
Les Bergers de leur peau se faisaient maints habits.
Jamais de liberté, ni pour les pâturages,
Ni d'autre part pour les carnages :
Ils ne pouvaient jouir qu'en tremblant de leurs biens.
La paix se conclut donc : on donne des otages ;
Les Loups, leurs Louveteaux ; et les Brebis, leurs Chiens.
L'échange en étant fait aux formes ordinaires
Et réglé par des Commissaires,
Au bout de quelque temps que Messieurs les Louvats
Se virent Loups parfaits et friands de tuerie,
lls vous prennent le temps que dans la Bergerie
Messieurs les Bergers n'étaient pas,
Étranglent la moitié des Agneaux les plus gras,
Les emportent aux dents, dans les bois se retirent.
Ils avaient averti leurs gens secrètement.
Les Chiens, qui, sur leur foi, reposaient sûrement,
Furent étranglés en dormant :
Cela fut sitôt fait qu'à peine ils le sentirent.
Tout fut mis en morceaux ; un seul n'en échappa.
Nous pouvons conclure de là
Qu'il faut faire aux méchants guerre continuelle.
La paix est fort bonne de soi,
J'en conviens ; mais de quoi sert-elle
Avec des ennemis sans foi ?

Jean de La Fontaine    Le loup et les brebis

Pour Piggy



Qui craint le grand méchant loup ?
C'est p'têt' vous, c'n'est pas nous
Voyez comme d'ailleurs on tient l'coup
Tra la la la la
Si jamais nous le rencontrons
Foi d'mignons p'tits cochons
A sa barbe nous chanterons
Tra la la la la

Il y avait trois petits cochons
A la queue en tire-bouchon
Qui lorsqu'on parlait
Du grand méchant loup
Ne s'affolaient pas du tout

Le premier joyeux vivant
Avec du foin tout bonnement
En faisant tût tût
En jouant sur sa flûte
Se bâtissait son logement
L'autre le second
Faisait sa maison
En bois de mirliton
Et de son violon
Donnait l'frisson
Aux dames cochons

Y'avait que l'numéro trois
Qui voulait bâtir son toit
Avec de la brique et puis du ciment
Il travaillait sérieusement
Ah ! Ah ! Ah !
Les deux autres le prenaient pour un ballot
Ah ah !

Qui craint le grand méchant loup ?
C'est p'têt' vous, c'est pas nous
Voyez comme d'ailleurs on tient l'coup
Tra la la la la
Si jamais nous le rencontrons
Foi d'mignon p'tit cochon
A sa barbe nous chanterons
Tra la la la la

Mais voilà qu'en fin d'journée
Monsieur Loup montra son nez
Sur la maison d'foin
Soufflant il fit pfuuuut !
Elle tomba boum pata pouf !

Les deux premiers p'tits cochons
Tremblaient dans leur pantalon
Car la maison faite en bois d'mirliton
S'écroula de la même façon

Mais le numéro trois
Plein de sang froid
Leur dit venez chez moi
Vite, ses deux compagnons
Ne firent qu'un bond
Pour rentrer dans la maison
Sur ses briques et son ciment
Le loup se cassa le dents
Si bien que vexé pour en terminer
Il périt dans la ch'minée
Ah ! Ah ! Ah ! firent les cochons
Eux-même en tire bouchon

Qui craint le grand méchant loup ?
C'est p'têt' vous, c'est pas nous
Voyez d'ailleurs comme on tient l'coup
Tra la la la la
Nous n'allons plus le rencontrer
Vous mentez, c'n'est pas vrai
Il est mort et même enterré
Tra la la la la 


F.E Churchill-A.Ranell