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dimanche 3 avril 2016

Pour Michel Wagner



      Des ciels gris de cristal. Un bizarre dessin de ponts, ceux-ci droits, ceux-là bombés, d'autres descendant ou obliquant en angles sur les premiers, et ces figures se renouvelant dans les autres circuits éclairés du canal, mais tous tellement longs et légers que les rives, chargées de dômes, s'abaissent et s'amoindrissent. Quelques-uns de ces ponts sont encore chargés de masures. D'autres soutiennent des mâts, des signaux, de frêles parapets. Des accords mineurs se croisent et filent, des cordes montent des berges. On distingue une veste rouge, peut-être d'autres costumes et des instruments de musique. Sont-ce des airs populaires, des bouts de concerts seigneuriaux, des restants d'hymnes publics ? L'eau est grise et bleue, large comme un bras de mer. - Un rayon blanc, tombant du haut du ciel, anéantit cette comédie. Arthur Rimbaud   Les ponts

mercredi 30 mars 2016

Reçu de Michel Wagner





Je connais des bateaux qui restent dans le port
De peur que les courants les entrainent trop fort.
Je connais des bateaux qui rouillent dans le port
A ne jamais risquer une voile dehors.
 
Je connais des bateaux qui oublient de partir,
Ils ont peur de la mer à force de vieillir,
Et les vagues jamais ne les ont emportés.
Leur voyage est fini avant de commencer.
 
Je connais des bateaux tellement enchaînés
Qu’ils ont désappris comment se libérer.
Je connais des bateaux qui restent à clapoter
Pour être vraiment sûrs de ne pas chavirer.
 
Je connais des bateaux qui s’en vont à plusieurs
Affronter le grand vent au-delà de la peur.
Je connais des bateaux qui s’égratignent un peu
Sur les routes océanes où les mène leur jeu.
 
Je connais des bateaux qui n’ont jamais fini
De repartir encore, chaque jour de leur vie
Et qui ne craignent pas parfois de s’élancer
Côte à côte en avant, au risque de sombrer.
 
Je connais des bateaux qui reviennent au port
Lacérés de partout, mais plus braves et plus forts.
Je connais des bateaux débordant de soleil
Quand ils ont partagé des années de merveilles.
 
Je connais des bateaux qui reviennent toujours
Quand ils ont navigué jusqu’à leur dernier jour,
Tout prêts à déployer leurs ailes de géants
Parce qu’ils ont le cœur à taille d’océan. 

Jacques Brel 

Merci Michel pour ce bel envoi.
Plus d'infos sur Michel en allant sur son blog :