vendredi 4 mars 2016

Pour Emmanuelle Villebrun


La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d’un bois.

Plus de chansons dans l’air, sous nos pieds plus de chaumes. L’hiver s’est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l’horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu’elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s’empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu’elle darde,
Fantastiques lueurs qu’elle s’en va semant ;
Et la neige s’éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n’ayant plus l’asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu’au jour la nuit qui ne vient pas.

Guy de Maupassant  Des vers

Reçu de Pedro Bericat



Thanks Pedro
Plus d'infos sur le site de Pedro ici

jeudi 3 mars 2016

Pour Dominique Deutsch





Réponse à l'appel " Mots-valises " de Dominique :

BIOGRAPHIE ET GRAFFITI

BIOGRAFFITI

Inscription à la mémoire d'un grand homme hâtivement tracée sur un mur.

Pour France Picy


 
Selon le sens où tu la prends,

elle te hisse ou bien te broie ;

elle t’apprend, te désapprend,

dans les deux cas, toi, tu tournoies.
 
La tête en l’air, la tête en bas :
C’est là toute la différence !
C’est jour de fête ou de combat,
le goût sucré ou le goût rance !
 
Tout un symbole en un cliché :
toute l’image de la vie !
De bas en haut, prime moitié,
de haut en bas, l’autre asservie.
 
Rester en haut le plus longtemps,
est un pari, est un challenge !
Sachant qu’il est compté le temps
dès que tu es sorti des langes !
 
Plus tu restes de temps perché
et plus belle est ton existence,
mais un jour il faut décrocher :
tu descends où tu te balances !
             
              Pierre Dupuis

Reçu de Pascale Championnet




Entre Gris-Nez et Blanc-Nez,
Silhouette familière,
Il plante son chevalet
Et peint de belle manière !
Couleur d'opale, la mer
Ondule, esquisse une danse ...
Les rochers, à découvert,
Profilent leurs éminences
Et nébuleux, l'horizon
Se mêle au ciel sur la toile.
Du vert, du roux à foison
Que la falaise dévoile
En un somptueux tapis,
Où s'accroche la lumière,
Y frappe l’œil ébloui...
Ce peintre à belle manière ...

Francine Gregson   Entre deux caps
Merci Pascale pour ce " Petit mousse de carnaval ", et ce poème que je ne connaissais pas !

Reçu de Thérèse Waryn


Aimer c'est montrer la route 
et la prendre ensemble

J. Vercammen

Le blog de thérèse, " Chez Mizou", est accessible dans la blog roll également

mercredi 2 mars 2016

Reçu de Laurence Rocher



Quand je serai grande
Disait la petite fille
Je serai une dame
Avec de grands talons
Et du rouge à lèvres

Quand tu seras grande
Répondit sa maman
Tu voudras être une petite fille
Avec une robe blanche
Et une balançoire.

Laurence Rocher

Le mail art " Cœur "  ET le poème sont de Laurence, superbe, soit remerciée ici chaleureusement ...
Laurence à un blog visible ici : Mail art en Liberty

Reçu de Anne Rasse


Entre tous mes tourments entre la mort et moi
Entre mon désespoir et la raison de vivre
Il y a l'injustice et ce malheur des hommes
Que je ne peux admettre il y a ma colère

Il y a les maquis couleur de sang d'Espagne
Il y a les maquis couleur du ciel de Grèce
Le pain le sang le ciel et le droit à l'espoir
Pour tous les innocents qui haïssent le mal
 

La lumière toujours est tout près de s'éteindre
La vie toujours s'apprête à devenir fumier
Mais le printemps renaît qui n'en a pas fini
Un bourgeon sort du noir et la chaleur s'installe


Et la chaleur aura raison des égoïstes
Leurs sens atrophiés n'y résisteront pas
J'entends le feu parler en riant de tiédeur
J'entends un homme dire qu'il n'a pas souffert

Toi qui fus de ma chair la conscience sensible
Toi que j'aime à jamais toi qui m'as inventé
Tu ne supportais pas l'oppression ni l'injure
Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre
Tu rêvais d'être libre et je te continue.

Paul Eluard  Dit de la force de l'amour

Merci Anne pour ce superbe poème et cette belle mise en forme 

Reçu Béatrice Hamon




Jour après jour
Essayer d’être fleur,


D’être comme elles
Pleines du toucher
De l’immédiat,


Porteur d’un vent de lumière
Au milieu des autres passants.


Être fleur
Contre la menace.


Eugène Guillevic

Merci Béatrice pour ce bel envoi, pliage sophistiqué ...
Très beau poème de Guillevic

mardi 1 mars 2016

Pour Henk Van Rooij


" Les choses qui chantent dans la tête
Alors que la mémoire est absente,
Écoutez, c’est notre sang qui chante…
O musique lointaine et discrète !
Écoutez ! c’est notre sang qui pleure
Alors que notre âme s’est enfuie,
D’une voix jusqu’alors inouïe
Et qui va se taire tout à l’heure.
Frère du sang de la vigne rose,
Frère du vin de la veine noire,
O vin, ô sang, c’est l’apothéose !
Chantez, pleurez ! Chassez la mémoire
Et chassez l’âme, et jusqu’aux ténèbres
Magnétisez nos pauvres vertèbres, "

Paul Verlaine   Vendanges

Pour Isabelle Paillard


Un timbre en abîme pour Isabelle

" Eh bien ! mêle ta vie à la verte forêt !
Escalade la roche aux nobles altitudes.
Respire, et libre enfin des vieilles servitudes,
Fuis les regrets amers que ton cœur savourait.
..."

 Théodore de Banville   Les Cariatides

Pour Isabelle Obriot


" Ô captif innocent qui ne sais pas chanter
Écoute en travaillant tandis que tu te tais
Mêlés aux chocs d’outils les bruits élémentaires
Marquent dans la nature un bon travail austère
..."

Guillaume Apollinaire