mardi 13 septembre 2016

Pour France Picy


Après mille ans et plus de guerre déclarée,
Les Loups firent la paix avec les Brebis.
C'était apparemment le bien des deux partis ;
Car si les Loups mangeaient mainte bête égarée,
Les Bergers de leur peau se faisaient maints habits.
Jamais de liberté, ni pour les pâturages,
Ni d'autre part pour les carnages :
Ils ne pouvaient jouir qu'en tremblant de leurs biens.
La paix se conclut donc : on donne des otages ;
Les Loups, leurs Louveteaux ; et les Brebis, leurs Chiens.
L'échange en étant fait aux formes ordinaires
Et réglé par des Commissaires,
Au bout de quelque temps que Messieurs les Louvats
Se virent Loups parfaits et friands de tuerie,
lls vous prennent le temps que dans la Bergerie
Messieurs les Bergers n'étaient pas,
Étranglent la moitié des Agneaux les plus gras,
Les emportent aux dents, dans les bois se retirent.
Ils avaient averti leurs gens secrètement.
Les Chiens, qui, sur leur foi, reposaient sûrement,
Furent étranglés en dormant :
Cela fut sitôt fait qu'à peine ils le sentirent.
Tout fut mis en morceaux ; un seul n'en échappa.
Nous pouvons conclure de là
Qu'il faut faire aux méchants guerre continuelle.
La paix est fort bonne de soi,
J'en conviens ; mais de quoi sert-elle
Avec des ennemis sans foi ?

Jean de La Fontaine    Le loup et les brebis

Pour Piggy



Qui craint le grand méchant loup ?
C'est p'têt' vous, c'n'est pas nous
Voyez comme d'ailleurs on tient l'coup
Tra la la la la
Si jamais nous le rencontrons
Foi d'mignons p'tits cochons
A sa barbe nous chanterons
Tra la la la la

Il y avait trois petits cochons
A la queue en tire-bouchon
Qui lorsqu'on parlait
Du grand méchant loup
Ne s'affolaient pas du tout

Le premier joyeux vivant
Avec du foin tout bonnement
En faisant tût tût
En jouant sur sa flûte
Se bâtissait son logement
L'autre le second
Faisait sa maison
En bois de mirliton
Et de son violon
Donnait l'frisson
Aux dames cochons

Y'avait que l'numéro trois
Qui voulait bâtir son toit
Avec de la brique et puis du ciment
Il travaillait sérieusement
Ah ! Ah ! Ah !
Les deux autres le prenaient pour un ballot
Ah ah !

Qui craint le grand méchant loup ?
C'est p'têt' vous, c'est pas nous
Voyez comme d'ailleurs on tient l'coup
Tra la la la la
Si jamais nous le rencontrons
Foi d'mignon p'tit cochon
A sa barbe nous chanterons
Tra la la la la

Mais voilà qu'en fin d'journée
Monsieur Loup montra son nez
Sur la maison d'foin
Soufflant il fit pfuuuut !
Elle tomba boum pata pouf !

Les deux premiers p'tits cochons
Tremblaient dans leur pantalon
Car la maison faite en bois d'mirliton
S'écroula de la même façon

Mais le numéro trois
Plein de sang froid
Leur dit venez chez moi
Vite, ses deux compagnons
Ne firent qu'un bond
Pour rentrer dans la maison
Sur ses briques et son ciment
Le loup se cassa le dents
Si bien que vexé pour en terminer
Il périt dans la ch'minée
Ah ! Ah ! Ah ! firent les cochons
Eux-même en tire bouchon

Qui craint le grand méchant loup ?
C'est p'têt' vous, c'est pas nous
Voyez d'ailleurs comme on tient l'coup
Tra la la la la
Nous n'allons plus le rencontrer
Vous mentez, c'n'est pas vrai
Il est mort et même enterré
Tra la la la la 


F.E Churchill-A.Ranell

Pour Eve Hernandez


Une rose seule, c'est toutes les roses
et celle-ci : l'irremplaçable,
le parfait, le souple vocable
encadré par le texte des choses.

Comment jamais dire sans elle
ce que furent nos espérances,
et les tendres intermittences
dans la partance continuelle.

Rainer Maria Rilke

lundi 12 septembre 2016

Reçu de Diane Bertrand









Un joli texte de Diane , reçu du Canada, j'aime beaucoup «  le maquillage du temps », notre approche à tous du journal intime, journal de bord, carnet de voyage ...

Un grand merci Diane

 Plus d'infos sur Diane ici : Art terre de poésie

Reçu de Renata StraDA DA










Giovanni et Renata, grazie mille...

Pour Manuel Xio Blanco




Cando penso que te fuches,
negra sombra que me asombras,
ó pé dos meus cabezales
tornas facéndome mofa. 


Cando maxino que es ida,
no mesmo sol te me amostras,
i eres a estrela que brila,
i eres o vento que zoa. 


Si cantan, es ti que cantas,
si choran, es ti que choras,
i es o marmurio do río
i es a noite i es a aurora. 


En todo estás e ti es todo,
pra min i en min mesma moras,
nin me abandonarás nunca,
sombra que sempre me asombras.

Rosalia de Castro

jeudi 8 septembre 2016

Pour Adriane Leal


Icare est chu ici, le jeune audacieux,
Qui pour voler au Ciel eut assez de courage :
Ici tomba son corps degarni de plumage,
Laissant tous braves coeurs de sa chute envieux.

Ô bienheureux travail d'un esprit glorieux,
Qui tire un si grand gain d'un si petit dommage !
Ô bienheureux malheur, plein de tant d'avantage
Qu'il rende le vaincu des ans victorieux !

Un chemin si nouveau n'étonna sa jeunesse,
Le pouvoir lui faillit, mais non la hardiesse ;
Il eut, pour le brûler, des astres le plus beau.

Il mourut poursuivant une haute aventure,
Le ciel fut son désir, la mer sa sépulture :
Est-il plus beau dessein, ou plus riche tombeau ?

Philippe Desportes   1546-1606

Pour Héléne Lagache


Sur une calligraphie de :
Mohammed Idali Calligraphe, Maître de l’Arabstrait,
un poème de Xavier Pierre, hommage aux victimes du  treize novembre 2015 ...

Pour Ginette Bellan


La Dentellière

De son voile frêle et joli la dentellière
coquette s' est parée , et son visage heureux
a mis sur la blancheur du tulle vaporeux
un chatoyant reflet d'aurore printanière .
Elle rit de plaisir , enfant naïve et fière ;
pour sa merveille elle a des regards amoureux
et ses petites mains lisses de doigts peureux
le réseau traversé par la blonde lumière .
Elle rit , mais songeant que l'oeuvre caressée
sera demain peut être incomprise et froissée
son front , anxieux soudain , s'incline tristement .
Car l'humble jeune fille a laissé dans la trame
ou s'enroule un feston irréel et charmant
le rêve de beauté qui visite son âme .

PAUL ROUSSOLES / 1903 .