lundi 6 juin 2016

Pour Miss Yves


Fin d'automne

le chemin vers le levant

me promet un café chaud
Jean Pierre Desvigne

Réponse Activités périscolaires, pour Maïna Querrer


pour Maïna Querrer

En ramassant un fruit dans l'herbe qu'elle fouille,
Chloris vient d'entrevoir la petite grenouille
Qui, peureuse, et craignant justement pour son sort,
Dans l'ombre se détend soudain comme un ressort,
Et, rapide, écartant et rapprochant les pattes,
Saute dans les fraisiers, et, parmi les tomates,
Se hâte vers la mare, où, flairant le danger,
Ses sœurs, l'une après l'autre, à la hâte ont plongé.
Dix fois déjà Chloris, à la chasse animée,
L'a prise sous sa main brusquement refermée ;
Mais, plus adroite qu'elle, et plus prompte, dix fois
La petite grenouille a glissé dans ses doigts.
Chloris la tient enfin ; Chloris chante victoire !
Chloris aux yeux d'azur de sa mère est la gloire.
Sa beauté rit au ciel ; sous son large chapeau
Ses cheveux blonds coulant comme un double ruisseau
Couvrent d'un voile d'or les roses de sa joue ;
Et le plus clair sourire à ses lèvres se joue.
Curieuse, elle observe et n'est point sans émoi
À l'étrange contact du corps vivant et froid.
La petite grenouille en tremblant la regarde,
Et Chloris dont la main lentement se hasarde
A pitié de sentir, affolé par la peur,
Si fort entre ses doigts battre le petit cœur.

Albert Samain

dimanche 5 juin 2016

Reçu de Roland Lefèbvre

plié

déplié


CI ENCOUMENCE LI DIT
DES RIBAUX DE GREIVE


Ribaut, or estes vos a point :
Li aubres despoillent lor branches
Et vos n'aveiz de robe point,
Si en avreiz froit a voz hanches.
Queil vos fussent or li porpoint
Et li seurquot forrei a manches !
Vos alleiz en estei si joint
Et en yver aleiz si cranche !
Votre soleir n'ont mestier d'oint :
Vos faites de vos talons planches.
Les noires mouches vos ont point,
Or vos repoinderont les blanches.




LE DIT
DES GUEUX DE GREVE


Gueux, vous voilà bien lotis !
Les arbres dépouillent leurs branches
Et vous n'avez pas de manteau ;
Aussi aurez-vous froid aux reins.
Que vous seriez bien dans un pourpoint
Ou un surcot à manches fourré !
Vous êtes si allègres en été
Et en hiver si engourdis !
Vos souliers n'ont pas besoin de graisse,
Car vos talons vous tiennent lieu de semelles.
Les mouches noires vous ont piquées,
Les blanches elles aussi vous piqueront.

Rutebeuf
(1230-1285).
Roland et ses merveilles habituelles, avec ce poème évocateur de Rutebeuf , dans ses deux versions, vieux français et contemporain....
Merci Roland

Reçu de Pascale Championnet


" ...
Le poisson scie
A des soucis
Le poisson sole
Ca le désole
..."
 Jacques Prévert



L'écriture ne se réduit pas à des lettres sur du papier.
C'est une façon de communiquer. C'est la mémoire d'un peuple.
Isaac Marion
  Merci Pascale ...

Reçu Isabelle Paillard




Un vol de tapenade
dans le soleil jaune de l’œuf
appelle les papilles

Isabelle Paillard

Une photo qui pourrait être banale si elle n'avait des allures de peinture contemporaine, voire de peinture japonisante ...
Par la grâce du haïku d'Isabelle P, l'ensemble devient très poétique ... merci Isabelle.

samedi 4 juin 2016

Reçu de Rosine Jouan


Noires et vives
corneilles en veille
attente des fleurs

Rosine Jouan

D'après " corneilles sur une branche de prunier l'hiver " de Shofu Kyosai

C'est superbe Rosine, merci pour cette belle participation

Reçu de Diane Bertrand





cliquez sur l'image pour agrandir


Ce sont nos amis
sur le ruban
de la route
Ce sont nos rubis
dans la nuit
du doute
ce sont nos voix
dans le désert
du langage
C’est l’horizon
qui rougeoie
et son soleil
qui déçoit
Ce sont nos ombres
qui s’allongent
et nos conversations
qui se prolongent

Kamal Zerdoumi   Mots

Merci Diane pour cet envoi ...
Plus d'infos sur Diane ici : Art terre de poésie




Reçu de Manuel Xio Blanco





Thanks Manuel for this poetry and visual poetry....

jeudi 2 juin 2016

Pour Pascale Championnet



Un hareng que le Poète choisira gros - gros – gros
et même bouffi – bouffi – bouffi
une sorte de hareng – outang baraqué fitness
mais qu’il sortirait de sa saumure – mure – mure
avec délicatesse
pour le dévorer à pleins crocs – crocs – crocs
et satisfaire ainsi son appétit gros – gros – gros !
Un hareng bien choisi
qu’il accompagnerait d’un beau saumur – mur- mur-
champigny (cette fois-ci)
Un hareng excellent,
bouvard et bien rogué, et surtout bien éduqué,
un hareng qui ne viendrait pas pleurenichailler
en réclamant son beurre et le hareng de son beurre,
alors qu’on vient à peine de l’avaler !
Un brin de classe SVP Monsieur le Hareng prédigéré,
lui ferait remarquer le Poète, car on peut être
un hareng saur – saur – saur, sans perdre la tête
et devenir un hareng sourd – sourd – sourd
à toute forme de poésie !
Imaginez, en effet, que vous ayez terminé votre vie
dans les maudits filets d’un chalutier zhollandais
et que les pêcheurs de ce maudit pays
(des zhollandais eux aussi) après vous avoir zaccomodé
avec des zharicots lingots – lingots – lingots
(ou Zoizonnais) vous aient bâfré
cachés derrière les zhaies de leurs zozotis !

Et zozoti zozota ! Ah ! vous auriez bien plus mal fini
que dans l’estomac du Poète qui vous dégusta – ta – ta -  ta ! 

Jean – Pierre Verheggen     Poème avec hareng


Reçu de Maïna Querrer

Reçu de Maïna Querrer

Parfois on croit
qu'il n'y a plus d'oiseaux, 
c'est seulement
qu'on ne tend pas l'oreille
assez loin

Maïna

Merci Maïna pour ce très bel oiseau qui me regarde de travers avec un œil un peu coquin ....

mercredi 1 juin 2016

Pour Nicole Eippers



...
Estragon : Qu'est-ce que tu as ?
Vladimir : Je n'ai rien.
Estragon : Moi je m'en vais.
Vladimir : Moi aussi.
Silence.
Estragon : Il y avait longtemps que je dormais ?
Vladimir : Je ne sais pas.
Silence.
Estragon : Où irons-nous ?
Vladimir : Pas loin.
Estragon : Si si, allons-nous-en loin d'ici !
Vladimir : On ne peut pas.
Estragon : Pourquoi ?
Vladimir : Il faut revenir demain.
Estragon : Pour quoi faire ?
Vladimir : Attendre Godot.
Estragon : C'est vrai. (Un temps.) Il n'est pas venu ?
Vladimir : Non.
Estragon : Et maintenant il est trop tard.
Vladimir : Oui, c'est la nuit.
Estragon : Et si on le laissait tomber ? (Un temps.) Si on le laissait tomber ?
Vladimir : Il nous punirait. (Silence. Il regarde l'arbre.) Seul l'arbre vit.
Estragon : (regardant l'arbre): Qu'est-ce que c'est ?
Vladimir : C'est l'arbre.
Estragon : Non, mais quel genre?
Vladimir : Je ne sais pas. Un saule.
Samuel Beckett     En attendant Godot

Pour Nelly Zajda


Pour faire un poème dadaïste
Prenez un journal.
Prenez des ciseaux.
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l’article.
Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre.
Copiez les consciencieusement dans l’ordre où elles ont quitté le sac.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un écrivain infiniment original et d’une sensibilité charmante, encore qu’incomprise du vulgaire.

Tristan Tzara